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La zone saharo-sahélienne fait le plus souvent l’objet d’une représentationzonale de l’espace qui privilégie les faits physiques mais entraîne également des
divisions évidentes au premier abord
:

opposition d’un Sahara « blanc », arabo-berbèreet musulman, populations noires musulmanes au nord, mais aussi « animistes» et chrétiennes dans le sud des pays. Certains politologues (J.-F. Bayard)
ont cru pouvoir analyser les crises des années quatre-vingt et quatre-vingt-dix– rébellion touarègue, événements sénégalo-mauritaniens de 1989, violences desoubous à l’égard des Peuls, milices baggara au Soudan raflant des esclaves chezles Dinka – comme autant de symptômes du nouveau glissement des Sahariensvers le sud par une sorte de basculements dans un jeu de tectonique des plaquesethnoculturelles. Les analyses du politologue américain Samuel Huntington nefont que poursuivre de telles hypothèses. Or, à l’inverse de ce que suggère ce typede représentations, l’islam s’est pendant longtemps diffusé selon un axe méridien,
celui des pistes commerciales qui traversaient le Sahara, avant que ne prévale celuides parallèles avec la colonisation et que ne s’imposent, depuis les annéessoixante-dix, les relations directes entre Afrique noire et monde arabo-musulman.L’axe des parallèles : bassins hydrographiques et aires culturelles La représentation géologique de l’espace saharien privilégie l’axe des parallèlesqui est celui des grands bassins fluviaux, à savoir ceux du Sénégal, le très vaste
ensemble du Niger et de la Bénoué et enfin le bassin du lac Tchad.
Or cette représentationn’est valable que durant le haut Moyen Âge dans la zone sahélo-soudanienne
et en liaison avec le trafic transsaharien qui obéit à un axe méridien.En effet, si l’on prend l’exemple du peuplement de la boucle du Niger, ce n’est
qu’avec le recul de la forêt équatoriale et le dessèchement des affluents nord-sahéliensdu Niger qu’on assiste au peuplement des zones riveraines. La formation devastes ensembles politiques sur l’axe des parallèles réunissant les deux bassins duNiger et du Sénégal – Ghana jusqu’au XIIe siècle puis Mali contrôlant une vastezone de l’Atlantique à Gao sur le Niger jusqu’au XVe siècle – résulte du trafic de
Autrepart (16), 2000 : 117-137* Chargé de recherche à l’IRD, Centre d’études africaines.l’or et du sel avec le monde musulman. Le célèbre pèlerinage de Kankan Moussa,

en 1324, qui se rend à La Mecque en passant par l’Égypte, illustre bien la prospéritéde ce commerce.À partir de l’émancipation du Songhaï à la fin du XVe siècle de la tutelle duMali, on assiste à un fractionnement de ce vaste espace. Le Songhaï ne contrôleplus les zones aurifères du Haut Sénégal Niger (Bambuk et Buré) qui restent sousla tutelle des Mandings, mais seulement l’axe du Niger de Djenné, à Tombouctou
et à Gao. La mosaïque du peuplement qui en résulte n’empêche pas de dresserles contours de grands ensembles linguistiques ou culturels qui s’étendentd’ouest en est : ensemble des langues nord-atlantiques en Sénégambie (serer,peul,wolof…), langue mandé correspondant aux noyaux soninke et manding etvéhiculée par les commerçants jula, langue moré des royaumes Mose de l’intérieurde la boucle du Niger, langue songhaï 1 un peu plus au nord, aire hausaencore plus à l’est avec ses nombreuses cités-États et ses élites commerciales,enfin bassin du lac Tchad.Néanmoins, les diasporas marchandes véhiculeront des formes régionalesd’islam qui ont encore leur pertinence aujourd’hui, même sielle est contrastée.Nous ne prendrons que deux exemples contemporains dans les aires mandé ethausa.À l’ouest, tout d’abord, du Sénégal oriental ou de la Guinée jusqu’àOuagadougou au Burkina ou au Ghana, les chaînes de la transmission du savoir oudu charisme remontent à un personnage qui aurait vécu au XVe siècle, al-Hajj SalimSuware [Launay, 1990 : 178]. Son enseignement et ses descendants ont quitté le
Mali ancestral réputé pour son paganisme pour se répandre aux XVIIe-XVIIIe sièclesen direction de l’est à travers un réseau de villes commerciales du Mali sud et
s’étendre jusqu’à Kong et Bobo [Wilks, 1968 : 174].
À l’ouest, ils sont connus sousl’appellation de Diakhanké, en Gambie et au Sénégal oriental, autour de l’ancienne
métropole de Touba en Guinée, à Kankan… Or, à travers les sermons desmarabouts Dioulas de la région de Korogho qui sont reproduits artisanalement
grâce à des cassettes pour magnétophones à piles que Robert Launay [1997 : 446]qualifie de technologie low-tech, la télévision représentant la high-tech, on peut
reconnaître le style de performance orale des épopées mandingues.Du côté du Nigeria maintenant. En 1980, mourut à Kano dans le nord Nigeria
un prêcheur de guerre sainte, Mallam Muhammadu Marwa, appelé « Maitatsine »,qui avait réussi à réunir une cohorte de disciples qui luttèrent contre l’armée et la
police. Or ces fidèles étaient directement issus des écoles coraniques rurales transplantéesen ville qui véhiculent des rapports personnels, de proximité avec le
maître, même s’ils sont également autoritaires [Reichmuth, 1989 : 49], mais réinterprétésdans le cadre d’un mouvement de type mahdiste s’adressant aux déshérités
urbains souvent fraîchement convertis.118 Jean Schmitz

La langue songhaï résulterait d’une évolution pidginisée du touareg saisie dans la structure typologique

Ecrie par: Mr diallo ibrahima