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Nos considérations nous amènent à considérer l’Islam comme un phénomène irréductible à toute forme d’homogénéisation.

La religion échappe à toute unité morphologique, cette hypothétique unité ne pouvant être que fictive. La connotation négative qu’a reçue la religion par l’instauration contemporaine d’une opposition entre progrès et tradition s’est dissipée au profit d’une vacuité axiologique typique des Temps modernes.

Le soi-disant conflit de Civilisations des années 1990/2000 ne se joue bien sûr plus avec les mêmes termes matriciels du Moyen-âge, où les Croisades opposaient Allah au Dieu des chrétiens ; malgré la phraséologie nauséabonde des néoconservateurs américains – les faucons de l’Administration Bush –, les musulmans du monde arabe doivent à présent relever le défi de la mort du Dieu des chrétiens, cette mort qui, sous les auspices passées du protestantisme victorieux et du capitalisme triomphant, a bouleversé les règles du jeu conflictuel Orient/Occident. L’Occident s’est mondialisé : il est partout – l’esprit du capitalisme est devenu l’esprit du monde (sans esprit).

Le monde arabe est ontologiquement un espace religieux musulman, mais cet espace, qui fonde en un sens l’arabité de ce monde, est si fragmenté qu’il brise l’unité même qu’il fonde… L’équivalence « arabe=musulman » a une part de vérité, mais qui recèle une part d’illusion aussi : celle que procure tout mythe politique (ici, celui de la Oumma). LaOumma a toujours existé – comme idée régulatrice au sens kantien (idéal pensable mais non connaissable) – dans les faits, elle n’a jamais existé – hormis dans le cadre de la période active du Prophète, puis au temps des Rachiduns, les quatre premiers Califes, « bien guidés ».

En tout cas, l’équivalence semi fictive arabo-musulmane n’entraîne en rien une homogénéité religieuse dans le monde arabe. L’Islam est la religion majoritaire et est né dans le monde arabe ; l’arabité est née de l’univers islamique, mais l’histoire politique ne fut que le théâtre de la dissociation radicale entre arabité et Islam. L’Islam, vecteur initial de l’unité des tribus arabes, fut ensuite le vecteur de leur division. L’Islam sunnite, majoritaire, orthodoxe, se divise en quatre écoles juridiques. En face de l’Islam sunnite.

« L’Islam oblige à reposer le problème politique, car il est en même temps religion et cité. Il faut abandonner les présupposés occidentaux, d’origine chrétiens, selon lesquels Dieu et César sont séparés (Mathieu, 22, 17). […] Pour l’Islam, cette séparation n’existe pas. Elle serait même choquante, car elle passerait pour un abandon de l’humain au pouvoir du mal, ou une relégation de Dieu hors de ce qui lui appartient. La cité idéale doit être ici-bas. Elle y est, même : c’est la communauté musulmane, la Umma » (Rémi Brague, « Islam. Philosophie politique musulmane », in P. Raynauld et S. Rials, Dictionnaire de philosophie politique, PUF, Paris, 2003). La dimension politique de l’Islam est tout à fait déterminante dans tous les domaines de la culture musulmane. D’un point de vie idéel, tout musulman se définit, en tant qu’être humain, par l’appartenance à sa communauté religieuse.

l’Islam est la religion totalitaire.« En fait, le Coran est le seul des trois [textes religieux considérés, parmi le Nouveau Testament et le Dhammapada], dont on puisse, avec un peu d’imagination, tirer des allusions et des indications favorables à un régime déterminé. Ce régime est la démocratie ! » (Jean Baechler, « Islam et démocratie », in A.E.H. Ben Mansour et J. Frémeaux, Avec les Arabes. Puissance de l’amitié, Presses de l’Université Paris-Sorbonne, Paris, 2005).

Voilà donc, résumée en une phrase, une objection suffisante pour effacer d’un trait tous les débats plus ou moins oiseux sur la comptabilité entre Islam et démocratie. « Si l’on s’en tient au Coran, le régime politique suggéré par la Révélation est la démocratie ; si l’on tient compte de la Sunna, le régime suggéré est l’hiérocratie, mais dans une version idéologique où l’hiérocratie rend un hommage appuyé à la démocratie. » Voilà qui complexifie la donne.