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Dieu existe-t-il? C’était bien la question du jour, n’est-ce pas ? Merci de merassurer parce j’ai douté un instant de l’existence de cette question ! Pour ne pasrompre le suspense, nous n’allons pas tout de suite y répondre. Nous allonssimplement nous laisser interpeller par la réalité du monde qui nous entoure. Est-ilpossible de prouver ou de réfuter l’existence de Dieu ? Si oui, quelles sont cespreuves irréfutables ? Dans le cas contraire, quelle est la meilleure conclusion quenous pouvons tirer après avoir soigneusement soupesé les arguments ? Tout celaest bien beau, me direz-vous, mais quelles seraient les conséquences concrètes del’existence de Dieu pour moi, étudiant Toulousain qui vit dans la Francemétropolitaine au début du XXIesiècle ? Nous allons aborder ensemble toutes cesquestions ce soir, et bien d’autres encore !Conceptions de l’« existence » de DieuJe vous propose de commencer par une expérience de pensée que vous avezprobablement tous déjà essayée. Essayez d’imaginer que rien n’existe – pas deplanète, pas d’étoile, pas de galaxie, pas d’univers, pas de Dieu – absolument rien. Ilest probablement très difficile pour vous comme pour moi d’imaginer que rienn’existe ; en fait, c’est même assez pénible parce que cela n’est évidemment pas lecas. Si vous en doutez, mes amis du GBU de Toulouse sont prêts à échanger unepoignée de main avec vous à la fin de ce débat pour vous prouver le contraire. Maissi vous n’en doutez pas… ils sont probablement tout aussi prêts à le faire !Pourquoi existerait-il quelque chose plutôt que rien ? Cette question ne nousintéresse pas uniquement pour des raisons académiques. Nous voulons tous savoirpourquoi ce quelque chose, pourquoi cette réalité dont nous faisons partie existe. Laquestion : « Pourquoi existerait-il quelque chose plutôt que rien ? » cache unequestion plus profonde et existentielle qui nous concerne tous : « Pourquoi existonsnous ? » ou plutôt : « Pour quoi existons-nous ? ». Il y a trois manières simples derépondre à cette question :1. Cette réalité dont nous faisons partie a toujours existé sans causeapparente, sans qu’aucun Dieu ne l’ait créée. C’est ce qu’on appellel’athéisme.2. Cette réalité dont nous faisons partie est une grande entité spirituellecosmique. Nous sommes tous Dieu ou faisons partie de lui. Cela s’appellele panthéisme.3. Cette réalité dont nous faisons partie a été créée par un Être qui existeindépendamment d’elle. On dit qu’Il est transcendant et on l’appellegénéralement Dieu. Cette position a donc été surnommée le théisme.Il existe une quatrième réponse qui est la somme des trois précédentes. C’est laposition du Normand ! Je n’ai rien contre les Normands et je m’explique. Elleconsiste à dire qu’en l’absence de certitude : « Je préfère ne pas trop me mouiller etne pas prendre position ! » C’est ce qu’on appelle l’agnosticisme.Les trois dimensions de la connaissanceAvant d’essayer de déterminer quelle conception de l’existence de Dieucorrespond le mieux à notre perception du réel, nous allons d’abord examinerensemble les différentes dimensions de la connaissance. Notre connaissance est eneffet le résultat de notre interprétation de la réalité qui nous entoure.2Le premier domaine que nous allons considérer est le monde matériel. Notreunivers est régi par des lois universelles qui décrivent aussi bien les phénomènesphysiques qui se produisent à l’échelle microscopique que ceux qui déterminent ladynamique des plus grosses structures du cosmos. L’interprétation purementphysique de ces lois est ce que nous appelons la science. En d’autres termes, lascience est une description naturaliste du monde. Elle se borne à expliquer lesmécanismes qui régissent l’évolution du contenu matériel de l’univers. Bien que lascience soit de plus en plus à même de répondre à la question du fonctionnement ducosmos, elle est en revanche totalement incapable de répondre à la question dusens et du but de son existence et de celle de son contenu. En bref, la sciencerépond à la question du comment sans pouvoir répondre à la question dupourquoi !Illustrons cela par un petit exemple. Imaginez une grand-mère gâteau, appelonsla la Mère Michelle, qui a préparé un excellent gâteau au chocolat qu’elle a donné àdéguster à un comité d’experts scientifiques. Ils ont pour mission de lui livrer leursconclusions sur le gâteau. Le biologiste analyse sa composition en termes deprotéines, de lipides, de glucides et constate qu’il est parfaitement propre à laconsommation. Le biochimiste analyse sa structure biomoléculaire et constate avecsoulagement qu’il ne contient pas d’OGM. Le physicien analyse sa structurecorpusculaire et constate que sa radioactivité est conforme aux normes admises.Enfin, le mathématicien analyse sa structure géométrique et constate qu’elle estfractale ce qui, apparemment, garantit une texture optimale. Finalement, ils rendenttous leur verdict qui dépasse de loin les compétences de la Mère Michelle mais lalaisse perplexe pour d’autres raisons. Aucun de ces brillants chercheurs n’a étécapable de lui donner la raison d’être de son gâteau ! La vie ce n’est pas toujours dela tarte… Son chef d’œuvre culinaire était simplement destiné à procurer un intenseplaisir aux papilles gustatives de ses convives. Cette expérience banale dépasseapparemment le cadre de la science !Erwin Schrödinger est l’un des plus éminents physiciens du XXesiècle. Il est leco-fondateur de la physique quantique qui décrit les lois régissant le monde àl’échelle microscopique. Il résume bien les limites de la science en disant:« Je suis stupéfait de découvrir que notre vision scientifique du monde estvraiment déficiente. Elle nous donne beaucoup d’informations précises, ordonnemagnifiquement bien nos expériences du réel, mais reste terriblement muette ettristement étrangère à nos cœurs et à tout ce qui compte réellement pour nous. Ellene peut ni nous renseigner sur le rouge ni sur le bleu, ni sur l’amer ni sur le sucré, nisur la douleur ni sur le plaisir. Elle ne connaît rien de la beauté ou de la laideur, dubien ou du mal, de Dieu ou de l’éternité. »Nous constatons donc que le scientisme est clairement insuffisant pour rendrecompte de la richesse et de la beauté du réel. Pour combler ce manque, nousdevons, à présent, nous tourner vers une autre dimension de la connaissance : laphilosophie. La philosophie est une explication rationnelle du « sens » et du « but »des réalités physique et non physique ou de leur absence de sens et de but. Elle sebase essentiellement sur la raison et utilise la logique comme outil pour expliquerpourquoi le réel est tel qu’il est. Elle est de nature beaucoup plus subjective que lascience bien que la science soit loin d’être totalement objective ! Tout comme lascience, elle est elle aussi limitée. Cela se comprend facilement parce qu’elle est leproduit d’un être humain limité par sa propre finitude.Illustrons cela par une autre expérience de pensée. Essayons d’imaginer l’infini !À quoi pensons-nous ? À quelque chose d’infini ? Non. Nous pensons à quelquechose de très très très grand et nous imaginons quelque chose d’encore bien plusgrand. Dans notre raisonnement, nous n’avons jamais cessé de penser à quelquechose de fini pour nous représenter quelque chose d’infini. Pourquoi ? Toutsimplement parce que nous sommes incapables de nous représenter quelque chosed’infini. Bien sûr, vous me direz-vous, vous pouvez griffonner un huit couché sur une3page et prétendre que vous comprenez l’infini. Mais c’est un leurre ! Tout ce quevous parvenez à faire, c’est de concevoir qu’il existe une notion abstraite baptisée« infini » sans vraiment pouvoir la comprendre. La notion d’infini est un conceptessentiel et fondamental pour la science et la technologie. Sans infini, pas d’avenir :une société post-moderne finie retournerait au Moyen Âge ! Le fait qu’un conceptaussi vital échappe à notre entendement est un réel défi lancé à l’humanisme. Si lacompréhension de certaines notions dépasse la raison, on peut postuler que d’autresnotions sont elles si complexes que nous ne pouvons même pas les concevoir. Ilm’est donc difficile de vous donner des exemples…La philosophie nous dévoile ses limites et pointe vers une dimension spirituellequi dépasse le cadre limité de la raison. Le fait que cette dimension transcende laraison ne veut pas dire qu’elle est purement spéculative ou mystique et qu’elle n’apas de fondement rationnel, mais simplement qu’elle va au-delà des limitesimposées par la raison.À titre d’exemple, considérons des concepts centraux du christianisme, celui de laTrinité. Comment Dieu pourrait-il être unique et être à la fois Père, Fils et SaintEsprit ? Cela défie visiblement la raison. Oui, mais n’oublions pas que nous sommeslimités… ! Imaginez que nous vivons dans un monde à deux dimensions, disons unefeuille de papier. Supposons que quelqu’un qui transcende notre feuille de papier etqui vit dans un monde à trois dimensions vienne poser trois de ses doigts sur lafeuille. Que verrions-nous ? Trois cercles. Il communique avec nous et prétend êtreunique. Qu’en concluons-nous ? Il ne doit pas être sain d’esprit, parce que nous nevoyons toujours que trois cercles distincts. Ce n’est qu’une analogie, bien sûr, maisque nous apprend-elle ? Le fait qu’un concept spirituel transcende notre raison nesignifie pas qu’il soit ridicule ou purement spéculatif, mais plutôt que nous devonsélargir notre vision réductionniste du monde. Avant de considérer toute réalitéspirituelle comme purement mystique, l’honnêteté intellectuelle nous pousse àévaluer ses implications philosophiques et à vérifier les prédictions scientifiques quecette réalité nous suggère. C’est ce que nous allons faire dans quelques instants enconsidérant les principaux arguments en faveur de l’existence de Dieu.Croire le fondement de la connaissanceConsidérons tout d’abord les fondements de la connaissance. Toute sciencequelle qu’elle soit repose sur des axiomes qui, par définition, ne sont que des véritéspostulées, et donc indémontrables. On nous a appris dès notre plus jeune âge que1+1=2, mais cette équation repose sur les axiomes mathématiques de la théorie desnombres. De plus, les théories physiques, tant la physique quantique que la relativitégénérale reposent aussi sur un ensemble d’axiomes. Pour être un bon scientifique…il faut donc avoir de la foi !La philosophie repose sur la raison et ses déductions logiques paraissent êtrerelativement solides. Oui, mais… qu’est ce qui garantit la cohérence de la raison àpriori ? C’est également un axiome. Pour être un bon philosophe… il faut donc aussiavoir de la foi !La dimension spirituelle n’est par définition accessible que par la foi. Il est doncévident que pour accéder à la connaissance spirituelle… il faut vraiment avoir la foi !La connaissance repose donc à la base sur un ensemble de croyances. La foin’est plus une option, elle est le fondement de toute connaissance.Si tout repose sur un acte de foi, il n’y a donc plus moyen de prouver ou deréfuter l’existence de Dieu, on doit le croire… Qui veut gagner des millions ? Jem’engage à verser un million d’euros à la première personne qui me prouve ou meréfute l’existence de Dieu ! Mais… ce n’est pas mon dernier mot ! Nous entrons àprésent dans le vif du sujet !4Les arguments en faveur de l’existence de DieuExaminons, maintenant, les principaux arguments en faveur de l’existence deDieu afin d’évaluer les différentes conceptions de Dieu et de déterminer laquelleexplique le mieux le réel. L’histoire nous rapporte que Saint Augustin et SaintThomas d'Aquin ont été les grands acteurs d'une argumentation rationnelle en faveurde l'existence de Dieu. Leurs arguments sont les suivants :1. L'argument cosmologique: L'univers a eu un commencement (le Big Bang). Ildoit donc nécessairement avoir une cause.2. L'argument téléologique: la conception de l'univers présuppose un dessein, unbut.3. L'argument rationnel: l'univers est régi par les lois de la nature ce quiprésuppose l'existence d'une Intelligence Supérieure.4. L'argument moral: le sens inné de l'homme pour distinguer le bien du mal nepeut s'expliquer que par une conscience innée d'un code de loi – uneconscience implantée par un Etre Supérieur.5. L'argument ontologique: la conception que l'homme a du divin doit être lerésultat de la conscience que Dieu a implantée en lui.L’argument cosmologiqueConsidérons tout d’abord, l’argument cosmologique. La théorie de la relativitégénérale découverte par Einstein décrit l’histoire de l’univers. Elle implique que lastructure de l’univers (l’espace-temps) est en expansion et que, par conséquent,l’univers provient d’une explosion « sombre » surnommée Big Bang qui marque lecommencement de toutes les réalités physiques. L’espace, le temps, la matière,l’énergie et les lois qui les relient sont donc apparus « mystérieusement » à cetinstant précis. C’est là que s’arrête la théorie physique ! La conclusion philosophiqueest évidente. L’univers n’est pas éternel : il est l’effet d’une cause qui le transcende.Afin d’éviter les conséquences philosophiques de sa propre théorie, Albert Einstein aintroduit, dans ses équations, la célèbre constante cosmologique destinée àpréserver un modèle statique du cosmos. Malheureusement pour lui, Hubble aobservé que plus les galaxies étaient éloignées de notre Voie Lactée plus elles s’enéloignaient rapidement (un peu comme un ballon qui gonfle) et a ainsi démontrél’expansion de l’univers. La découverte d’un rayonnement cosmique provenant d’unflash de lumière initial qui a suivi de près le Big Bang a définitivement convaincu lesplus sceptiques et fermement établi que notre univers était bien le résultat d’un BigBang.D’un point de vue athée, l’univers a toujours existé et ne peut donc pas avoir eude commencement. Oui mais, me direz-vous, il peut-être possible qu’il ait uncommencement sans pour autant être l’effet une cause transcendante ! Imaginez,par exemple, qu’il soit le résultat d’une cause naturelle, d’une fluctuation quantiquecomme de plus en plus chercheurs le postulent aujourd’hui. En effet, lorsquel’univers a commencé à exister, il était si microscopique qu’il était soumis aux lois dela physique quantique. Ces lois prédisent que l’univers peut subir de petitesfluctuations d’énergie durant de petits intervalles de temps. De là à supposer qu’unede ces petites fluctuations ait créé l’univers lui-même, il n’y a qu’un pas. Le problèmec’est que ces fluctuations présupposent l’existence d’une structure spatio-temporelle,d’un contenu énergétique et de lois qui les relient. On ne peut donc pas obtenir defluctuations ex nihilo ! C’est le vieux problème de la poule et de l’œuf … J’aimentionné cette difficulté à Andrei Linde, l’un des fondateurs de la théorie del’inflation qui décrit la formation des grandes structures de l’univers. Il a admis quesur ce point beaucoup de scientifiques prenaient leurs désirs pour des réalités !5L’athéisme n’est clairement pas capable de donner une réponse satisfaisante àl’existence d’un Big Bang. Qu’en est-il du panthéisme ? La conception panthéismedu réel considère que Dieu et l’univers ne forment qu’une seule et même entitécosmique et que l’univers coexiste éternellement avec Lui. L’univers ne peut doncpas non plus avoir de commencement. Oui mais, me répondrez-vous, il est possibleque l’univers soit éternel, qu’il ait subi une infinité de cycles et que nous noustrouvions dans un ce ces cycles. Le Big Bang ne serait alors que le passage d’uncycle au suivant. C’est ce qu’on appelle la théorie d’un univers oscillant. Ce modèle adeux défauts majeurs qui ont signé son arrêt de mort. Premièrement, chaque cycledoit nécessairement être plus long que le précédent à cause de l’inévitableaccroissement de l’état de désordre de l’univers. Ainsi, il y aura forcément un cycleinitial infiniment court qui marque le début de l’univers. Deuxièmement, l’expansionaccélérée de l’univers constatée en 1998 est incompatible avec la phase decontraction requise pour chaque cycle.En conclusion, le seul point de vue capable d’expliquer de manière satisfaisantela réalité du Big Bang et de la création ex nihilo de notre univers par un Etretranscendant semble être la conception théiste qui suppose l’existence de Dieu.L’argument téléologiqueQue penser à présent de l’argument téléologique ? L’aspect scientifique de cetargument repose sur ce qu’on a baptisé le principe anthropique. Ce principe peutêtre énoncé comme suit: « Si l'on modifiait, ne serait-ce que de manière infime, lavaleur de certaines constantes physiques, de certains paramètres cosmologiques oudes conditions initiales de l’univers, le cosmos serait chaotique et la planète terredeviendrait inhabitable pour l'homme. » Lord Martin Rees, le Président de la RoyalSociety et le directeur de thèse de mon propre directeur de thèse a fait à ce proposla déclaration suivante: « Les conditions initiales requises pour que la vie, telle quenous la connaissons, puisse exister dépendent de la valeur numérique extrêmementprécise de quelques constantes physiques fondamentales. »Pour vous rendre compte de l’ampleur de la précision requise, considéronsquelques exemples. Premièrement, si le rapport entre la force de la gravité et la forceélectromagnétique variait d’un facteur 10-40, les atomes, tel que le carbone, qui sontindispensables à la chimie de la vie ne pourraient pas se former. Deuxièmement, sila constante cosmologique différait d’un facteur 10-120, aucune grande structure ducosmos ne pourrait se former, ce qui rendrait l’existence de la vie impossible.Finalement, la probabilité pour que les conditions initiales de l’univers correspondentaux observations est de123 10 10−. Notre univers est donc bien plus qu’un chef d’œuvred’horlogerie de précision… Et c’est un suisse qui a travaillé chez Rolex qui vous ledit !Pour un athée, le fait que la vie ne soit pas une caractéristique inhérente àl’existence de l’univers mais qu’elle requiert une telle précision semble être pour lemoins une conclusion surprenante. Oui mais, me direz-vous, notre connaissance deslois de la nature est très limitée (96% du contenu matériel de l’univers nous estencore inconnu à ce jour) ; ce qui nous apparaît comme un miracle de précision n’esten fait qu’une illusion parce que ces incroyables coïncidences seront probablementle résultat naturel d’une théorie plus générale voire d’une théorie ultime décrivantl’ensemble des réalités physiques. Même si nous sommes encore loin de connaîtrecette théorie ultime baptisée théorie du Tout, soyons optimistes et supposons quenous l’ayons découverte. Eh bien, la précision requise ne diminuerait pas. En fait,elle ne ferait qu’augmenter. La complexité et la précision requises pour que la viepuisse exister seraient non seulement reportées vers l’ajustement des conditionsinitiales de cette théorie, mais celles-ci seraient également beaucoup pluscomplexes