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Émigration vers l'Abyssinie
Les persécutions commencèrent au milieu ou à la fin de la quatrième année de la prophétie. D’abord insignifiantes, ces persécutions, jour après jour et mois après mois, s’intensifièrent et s’aggravèrent au milieu de la cinquième année, de manière si violente que les musulmans ne pouvaient plus vivre à La Mecque.

Il fut recommandé de penser à une stratégie propre à les préserver de l’atrocité des supplices. Face à cette situation la sourate : Az-Zumar (les groupes) fut révélée au sujet de l’émigration.



Dans cette sourate il est dit que la terre d’Allah n’est rien d’étroit :


« Dis : "O Mes serviteurs qui avez cru ! Craignez votre Seigneur ". Ceux qui ici-bas font le bien, auront une bonne (récompense). La terre d'Allah est vaste et les endurants auront leur pleine récompense sans compter. »

Sourate 39 : ‘Les groupes' - verset 10

Le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) savait que le Négus, roi d’Abyssinie, était un roi juste auprès de qui on ne ferait du tort à personne. Alors, il ordonna aux musulmans d’émigrer en Abyssinie pour sauver leur religion des épreuves.


Les Koraïchites s’acharnèrent sur les émigrants et les autres musulmans que leurs propres clans tribaux attaquaient aussi. Il était difficile aux Koraïchites d’admettre la nouvelle selon laquelle le Négus avait bien reçu et traité les émigrants. Face à cette situation, le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) ne put s’empêcher de demander à ses compagnons de retourner en Abyssinie. Cette deuxième émigration a été plus dure que la première, car les Koraïchites s’y attendaient et tenaient à la faire échouer. Cependant, les musulmans étaient plus rapides. Allah leur ayant facilité le voyage, ils parvinrent en Abyssinie avant de se faire rattraper. Cette fois la délégation comportait 83 hommes si l’on compte Ammâr- dont l’on doute de l’émigration- et 18 ou 19 femmes

Le complot des Koraïchites contre les musulmans émigrés en Abyssinie


Les polythéistes tenaient coûte que coûte à empêcher les émigrés de trouver un refuge pour eux-mêmes et pour leur religion. Aussi, choisirent-ils deux hommes robustes et intelligents - à savoir Amr ibn Al-As et Abdoullah ibn Abi Rabîaa (avant leur conversion à l’Islam ) qu’ils envoyèrent, chargés des cadeaux les plus précieux, auprès du Négus et de ses patriarches. Les deux hommes, munis des cadeaux, arrivèrent chez les patriarches auxquels ils fournirent des arguments en faveur de l’expulsion des musulmans et, après avoir obtenu des patriarches leur accord pour proposer au Négus de les expulser, rencontrèrent le Négus même à qui ils offrirent les cadeaux et parlèrent en ces termes : « O Roi ! Il se réfugie dans votre pays de jeunes stupides qui, ayant quitté la religion de leurs peuples, n’ont pas pour autant embrassé la vôtre. Ils ont apporté une religion qu’ils ont créée de toutes pièces et que personne ne connaît, ni nous, ni vous-même. Aussi, avons-nous été dépêchés auprès de vous par les nobles de leur peuple, par leurs pères, leurs oncles et leurs clans qui vous demandent de les leur rendre, car ils veillent sur eux mieux que quiconque et savent mieux que quiconque ce qu’ils ont eu à leur reprocher.»


Les patriarches dirent : « Effectivement ! Sire ! Rends-les-leur ! Qu’ils retournent avec –eux dans leur pays et auprès de leur peuple ! »

Le Négus malgré tout tenait à examiner la question et à écouter toutes les parties. Il envoya donc chercher les musulmans qui, ensuite, se présentèrent, prêts à dire la vérité sous toutes ses formes. Le Négus leur dit : « Quelle est donc cette religion pour laquelle vous vous séparez de votre peuple, sans embrasser la mienne, ni aucune des autres religions ?»

Jaafar ibn Abi Tâlib, le porte-parole des musulmans dit :

« Sire ! Nous faisions partie des gens de l’ignorance et comme eux, nous adorions les idoles, mangions de la charogne, pratiquions la fornication, rompions les liens de parenté et maltraitions nos voisins. Les plus forts parmi nous se nourrissaient des plus faibles. Nous ne cessions de vivre de la sorte jusqu'à ce qu’ Allah nous envoya un messager qu’Il choisit parmi nous, un Messager dont nous connaissons la généalogie, la franchise, l’honnêteté et la chasteté, qui nous appela à Allah que nous devons adorer et considérer comme Dieu unique, nous abandonnèrent tout ce que nous adorions d’autre que Lui, nous et nos ancêtres, comme pierres et idoles.
Il nous ordonna le franc-parler, la restitution des choses confiées, le culte de la parenté, le bon voisinage, l’abstention des choses interdites et de l’effusion du sang.
Il nous interdit la fornication, le mensonge, l’abus des biens des orphelins, l’accusation des femmes chastes et vertueuses, nous ordonnant d’adorer Allah, Lui Seul, sans L’associer à rien ni à personne, de prier, de s’acquitter de la Zakât (aumône rituelle) et d’observer le jeûne. Sur ces bases, nous avons cru en lui et en sa mission, nous l’avons suivi dans la pratique de la religion qu’il nous a apportée.
Aussi, avons-nous adoré Allah Lui Seul, sans l’associer à rien d’autre, avons considéré comme illicite ce qu’on nous a interdit et comme licite ce qu’on a ordonné. Alors notre peuple nous a indexés, torturés, tourmentés à cause de notre religion, cherchant à nous ramener à l’adoration des idoles au lieu d’Allah le Très -Haut, aux perversités que, jadis, nous considérons comme licites.
Lorsqu’ils nous eurent contraint, maltraité et traqué, ne nous ont laissé aucune chance de pratiquer notre religion, nous fuîmes vers votre pays, car nous vous avons choisi à l’exclusion des autres, pour être sous votre protection et nous espérons, Sire, qu’auprès de vous, nous ne subirons aucune forme d’injustice.»

Le Négus dit alors : « Peux-tu me dire tant soit peu de ce qu’Allah a révélé ? » « oui » répondit Jaafar . Le Négus lui dit : « Alors, récite-le-moi » Jaafar commença par « Kâf, Ha, Ya, Ain, Sâd » ; le début de la sourate Maryam (Marie). Ma foi, le Négus pleura alors, à se mouiller leurs livres lors qu’ils eurent entendu la sourate.

Le Négus dit ensuite aux évêques : « Il ne fait pas de doute que ceci et ce que Moussa avait apporté sortent de la même niche.» Se retournant vers les deux émissaires, il dit « Allez-vous-en ! Je ne vous les livrerai pas. Ils sont sous ma protection.» Amr ibn Al-As et son compagnon sortirent, mais le premier dit au second : « Je jure sur Allah que demain je reviendrai avec de quoi les faire expulser ». Abdoullah ibn Rabîa s’adressa à lui en ces termes : « Ne le fais pas. Ce sont des parents, même s’ils nous ont contrariés. »


Cependant, Amr ibn Al-As persista dans sa démarche et, le lendemain, dit au Négus : « Ils disent des choses étranges de ‘Isa le fils de Marie.»




Celui-ci envoya chez les musulmans leur demander ce qu’ils pouvaient bien dire au sujet du Messie. Les musulmans paniquèrent, mais s’entendirent entre eux pour ne dire que la vérité.




Dès leur arrivée, à la cour, le Négus les interrogea et, alors, Jaafar répondit : « Nous disons de lui ce que nous a apporté notre Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) à savoir qu’il (le Messie) est le serviteur, le messager, l’esprit et la parole insufflés à la vierge Marie. » Le Négus ramassa un bâton à terre et dit : « Ce que tu viens de dire ne dépassa pas la vérité sur Isa ibn Maryam que de la longueur de ce bâton.»




« Si » ajouta-t-il, voyant que ses patriarches faisaient la moue. Il dit aux musulmans : « « Allez ! Vous êtes en sécurité sur ma terre ; quiconque vous insulte paiera une amende, quiconque vous insulte paiera une amende, quiconque vous insulte paiera une amende. Je n’aimerais pas avoir une montagne d’or si je devais l’obtenir en portant un préjudice à l’un d’entre vous. »




Il dit ensuite à son entourage : « Rendez-leur leurs cadeaux. Je n’en ai pas besoin. Je jure qu’Allah n’avait pas reçu de moi des pots de vin en me rendant mon royaume. Pourquoi donc y prendrais-je des pots de vin ? J’obéirai à la volonté des gens aussi longtemps que ceux-ci obéiront à ma volonté. »




Oum Salamah qui racontait cette histoire dit : « Les deux émissaires sortirent renfrognés avec tout ce qu’ils avaient apporté. Nous, nous fûmes bien logés et traités ». Il s’agit d’un rapport fait par ibn Ishaq.




* Auteur : Pr Safi Ar-Rahman al-Moubarakfouri, Pr de l'université salafiste de l'Inde.

* Revisé par l'association Aux Sources de l'Islam
* Extrait du livre "LE NECTAR CACHETE" Édition Darussalam
* (Il est vivement conseillé aux frères, et sœurs de se le procurer.)